Parution du livre "Littoral breton sud, hors saison" le 20 avril 2018 aux éditions Un Autre Reg'Art JACHERES FLEURIES - Jean Hincker
        
JACHERES FLEURIES
Toutes les prises de vues ont été réalisées dans le département des Landes. L’auteur a immortalisé les jachères fleuries de quatorze sites répartis dans le département. Les espèces végétales utilisées proviennent de mélanges distincts composés et créés par la société Tezier.

NOTE DE L’AUTEUR

Un jour ensoleillé du début de l’été 2007, mon fils me dit, revenant d’une ballade avec des copains:
— Papa, on a découvert un endroit merveilleux en pleine campagne, un champ de fleurs avec plein de couleur et de sortes différentes…
— Un champ de fleurs? lui répondis-je, incrédule. Tu veux dire un espace cultivé qui appartient à un pépiniériste…
— Non, non. Un lopin de terre cultivé mais pas avec du maïs. Avec des fleurs !
Et il me donne l’explication : « Le père d’une amie travaille pour la forêt des Landes. Celui-ci a indiqué à sa fille un site où une jachère fleurie a été implantée ».
Intrigué, je me rends aussitôt à l’endroit en question et c’est un vrai un coup de foudre quand je tombe sur cet espace multicolore. Des centaines de mètres carrés de fleurs qui côtoient les pins et le maïs en s’affirmant sans complexe dans le décors agricole habituel.
Pour un photographe, c’est du pain béni… Je décide alors de monter un projet photo sur ce concept de jachère fleurie innovant et audacieux. Je m’adresse aux instigateurs qui sont la Fédération des Chasseurs, la Chambre d’Agriculture des Landes et le Conseil Général des Landes. Je leur propose un regard contemplatif et plastique sur ce projet de jachères fleuries dont le rôle principal est de mettre en valeur les terres laissées en friche. Renseignements pris et muni de la liste des sites concernés je commence enfin mes pérégrinations photographiques.

Perdu dans ce grouillement de couleurs et de formes j’ai laissé mon inspiration se fondre, comme les insectes, dans une espèce de paradis terrestre où la musique des plantes est plus forte que le vacarme de la ville. Les gens de la forêt et de la terre ont su mettre à profit avec une intelligence rare une solution écologique et majestueuse. Je suis sorti à chaque fois de ces espaces fleuris complètement étourdis de ravissement. Les plantes d’intérieur qui m’accueillaient chez moi me paraissaient bien terne après un tel voyage…
En montrant ces images je veux rendre hommage à la nature ainsi qu’à ceux qui la vivent et qui la travaillent en la respectant.

Jean Hincker, 2008


UN PLAIDOYER

Un regard… C’est de cela dont il s’agit. Celui que nous portons sur des espaces momentanément rangés dans le registre de la marginalité, essentiels pour nous qui les foulons du pied, les cultivons, en défendons la valeur patrimoniale.

Les terres agricoles représentent environ 53 % du territoire français soit 29 millions d’hectares, les bois et forêts près de 30 %, les zones humides s’étendent sur 1 million d’hectares. Les espaces naturels présentant une couverture végétale étant les principaux habitats de la faune sauvage, celle-ci dispose à minima de 46 millions d’hectares. Si nul ne peut gérer et entretenir une telle superficie, des actions locales ciblées permettent de restaurer ou de maintenir des espaces et les habitats qu’ils constituent.
La diversité de la chasse française fait qu’elle se pratique dans tous les types de milieux naturels : milieu agricole de cultures et d’élevage, zones humides, milieu forestier, montagne, milieu méditerranéen. Conscients de l’importance des habitats pour les espèces, les chasseurs se sont toujours préoccupés des milieux en évolution défavorable pour la faune. A toutes les échelles d’organisation de la chasse : territoire d’une équipe de chasse, commune, canton, département, région ou territoire national, ils se sont organisés pour structurer leurs actions et les développer.

D’antique moyen d’entretien de la valeur agraire des terres cultivées, la « jachère » est devenue depuis bientôt 30 ans un outil de limitation de la production de certaines denrées agricoles excédentaires.

En 1993, l’Union Nationale des Fédérations des Chasseurs (UNFDC) et l’Office National de la Chasse (ONC) proposaient au Ministère de l’Agriculture une adaptation des jachères issues de la réglementation de la Politique Agricole Commune (PAC) afin de donner à ces parcelles un intérêt environnemental en faveur de la biodiversité. Se créaient ainsi les « jachères environnement faune sauvage ». Sur les terres non cultivées vont ainsi pouvoir être semés des couverts variés intéressants pour l’ensemble de la faune : plantes fourragères ou mélanges de céréales sans vocation de récolte. Ils apportent à la fois refuge et nourriture ; la technique culturale est primordiale : date et densité de semis, absence de broyage. Plusieurs études ont mis en évidence l’efficacité de ces jachères « environnement faune sauvage ».

Conscient de l’intérêt faunistique mais bien entendu également agronomique de ce type de jachère, les agriculteurs sont rentrés dans le partenariat dès la première année. Le bilan national dénombre annuellement plus de 30 000 hectares implantés par plus de 10 000 agriculteurs, répartis sur l’ensemble du territoire national. C’est aujourd’hui encore le seul outil dérogatoire à la PAC en faveur de la biodiversité, d’une telle ampleur, mis en œuvre par le monde associatif. Ces parcelles restent éligibles aux aides PAC comme toute autre jachère.
Dans le département des Landes, depuis 1994, le partenariat entre chasseurs et agriculteurs a permis l’implantation de 2000 hectares de « jachères environnement faune sauvage ».

Concept élaboré en 1996 par la Fédération des Chasseurs du Loir et Cher, la « jachère fleurie » constitue une des déclinaisons des jachères « Environnement et Faune Sauvage ».
La Fédération Départementale des Chasseurs des Landes a lancé cette opération en 2005 avec 1,57 ha sur 3 communes (Biaudos, Le Frêche, Saint-Yaguen), chez 3 agriculteurs.
En 2006, la Fédération a étoffé le dispositif avec environ 7 ha répartis sur 24 communes, concernant 26 agriculteurs.

Ces expériences s’étant avérées concluantes et ayant suscité des échos très favorables sur le terrain, le dispositif a pris de l’ampleur en 2007 et a associé autour d’un projet commun, la Fédération des Chasseurs des Landes, le Conseil Général des Landes et la Chambre d’Agriculture des Landes.
Ainsi, 33 hectares de jachères fleuries ont été implantés sur 72 communes, associant 80 agriculteurs et 11 mairies.
2 types de mélanges étaient proposés :
« Jour de fête » : mélange haut (1,20 à 1,50 m) à base de cosmos, centaurée, tithonia, zinnia ;
« Douce France » : mélange bas (moins de 1,00 m) à base de centaurée, cosmos, eschscholzia, souci, zinnia.
Ce partenariat entre collectivités et acteurs de terrain a permis en 2008 l’ensemencement dans les Landes de 53 hectares de « jachères fleuries » par plus de 164 intervenants, agriculteurs, mairies et autres particuliers, sur près du tiers des communes Landaises. Six mélanges différents étaient proposés avec deux nouveautés, un mélange de fleurs européennes (« bouquet champêtre ») ainsi que le mélange « nouvelle vague ».

Puisse tout ce travail, cette expertise et ce regard communs permettre une meilleure prise en compte par les politiques agricoles publiques, de la faune sauvage et de la biodiversité en général. Entre autres points noirs à traiter, l’entretien des jachères et autres couverts environnementaux hors de la période de reproduction de la faune sauvage, l’instauration d’un véritable statut des éléments fixes du paysage (haies, bandes boisées, arbres épars) encourageant leur maintien ainsi que leur restauration, l’encouragement de pratiques culturales préservant les résidus de récolte. Bref, nous appelons de nos vœux l’avènement d’une « conditionnalité positive » basée sur l’encouragement de pratiques agricoles vertueuses plutôt que sur la seule sanction.
Puisse ce livre en constituer le plaidoyer.

Jean-Roland BARRERE

Président de la Fédération Départementale des Chasseurs des Landes
Président du Groupe d’Investigations sur la Faune Sauvage en France
Initiateur des jachères fleuries dans le département des Landes






ST PIERRE DU MONT (CAPITAIN)
ST-Perdon, Menduquet
BRASSEMPOUY (HONTANG)
BRASSEMPOUY (HONTANG)
BRASSEMPOUY (HONTANG)
Gaujacq, Cazaliou Haut
Le Frêche ( N° 7 ), Mougen
Le Frêche ( N° 7 ), Mougen
Le Frêche ( N° 7 ), Mougen
Meihlan (gentiou) route de St-yaguen
Meihlan (gentiou) route de St-yaguen
Meihlan Guilleman
Meihlan Les Branas
Meihlan Les Branas
Meihlan Les Branas
Meihlan Les Branas
MEILHAN (BANOS)
Pétales
Composition Jachères Fleuries
Soustons-azur, Couchitre
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