Parution du livre "Littoral breton sud, hors saison" le 20 avril 2018 aux éditions Un Autre Reg'Art LITTORAL AQUITAIN, HORS SAISON - Jean Hincker
        
LITTORAL AQUITAIN, HORS SAISON
LITTORAL AQUITAIN,
HORS SAISON
de HENDAYE à la POINTE DE LA GRAVE

Il restait peut-être un photographe dans les Landes qui ne s’était pas attelé à immortaliser la côte aquitaine. Ce projet me démangeait en effet depuis un certain temps et une question préalable s’est imposée à moi : fallait-il traiter le sujet en pleine saison touristique ou hors saison. Condition décisive car elle allait guider mon approche à l’égard de cette côte d’argent si différente selon les saisons. J’ai finalement opté pour la période creuse car le déferlement touristique restait somme toute réduite sur la durée.
Je me suis donc retrouvé seul au milieu d’un désert de sable et de bâtiments délogés, côtoyant le vent, la lumière froide de l’hiver et le bruit retentissant de l’océan occupé à dérouler sa houle devant un public absent. Le littoral aquitain est unique dans son genre : des kilomètres et des kilomètres de plages bordées de dunes plus ou moins imposantes avec une visibilité réduite en longueur. Et ce bruit omniprésent de la vague puissante qui vous rappelle constamment à l’ordre et ce vent parfois violent qui vous freine dans votre travail. Ces grains de sables qui s’immiscent dans les mécanismes fragiles des appareils photographiques et qui peuvent enrayer l’inspiration sans prévenir. Cette ambiance rare est du pain béni pour ceux qui veulent voir et traduire le paysage qu’offre ce littoral. J’espère que mes images sauront montrer les sensations souvent mélancoliques qui m’ont assaillies lors de ces longues promenades. Comment ne pas ressentir devant ces horizons lunaires et démesurés un certain vague à l’âme et un sentiment d’ humilité profonde.
Durant ces longues randonnées une impression d’usure - à l’image de l’érosion dunaire – m’a assailli et ne m’a plus lâchée. Comme si l’océan rongeait tout sur son passage. Comme si l’eau salée conjuguée avec le sable avait deux missions à remplir : ériger des plages pour les estivants et grignoter le littoral pour se nourrir. Le contemplatif, lui - ou plutôt moi, a néanmoins tenté de faire fi de ces considérations bassement géologiques et s’est concentré sur l’atmosphère spécifique du bord de mer.

Jean Hincker, 2009



Le littoral, est plus qu’un espace de vie et loisir.
Il est un patrimoine à protéger et à partager.
par Guillemette Rolland*

Côté mer

Sous Colbert, le domaine maritime est décrété inaliénable et imprescriptible. Domaine royal, puis de l’Etat, on ne peut l’aménager que sous condition du caractère temporaire des infrastructures.
Les zones militaires font l’objet de grands chantiers sous Vauban ou par les stratèges allemands lors de la seconde guerre mondiale. Les constructions les plus emblématiques des conflits passés sont aujourd’hui monuments historiques, quand d’autres échouent sur les plages, du fait du recul du trait de côtes.
Les zones portuaires sont définies sur les secteurs de transport maritime et routier : estuaires et baies abrités à proximité de grandes cités. Ils ont amené à la canalisation de fleuves et à la poldérisation d’immenses marais les bordant. Les ports de pêche artisanale partagent aujourd’hui les abris naturels ou artificiels avec les ports de plaisance et les zones de culture marine.
En dehors de ces zones économiques ou stratégiques, le Domaine maritime est public au sens le plus stricte du terme.

Côté terre

La loi Littoral de 1986, renforce ce caractère public en faisant obligation de donner libre accès au littoral, à la plage, au port, à la mer. Outre les dispositions tendant à limiter l’urbanisation sur une frange finalement peu large, la Loi donne à ce vaste secteur le statut officiel de patrimoine commun de la nation.

Le Conservatoire du littoral, créé en 1975 participe à cette patrimonialisation. Par la maîtrise foncière publique, l’objet est de protéger des sites exceptionnels (paysage, biodiversité, architecture), mais aussi de les rendre publics. Chacun peut en profiter à condition de le respecter. Gérer par des organismes publics ou des associations aux compétences locales, ces sites sont devenus partie prenante de la vie locale, voire de son développement économique.







L’activité touristique, pédagogique et l’accueil d’exploitants agricoles ouvrent des perspectives importantes pour les collectivités, qui sont souvent volontaires pour certains grands projets de valorisation de ces sites.
En Aquitaine, Etat et collectivités ont pris les devants dès la fin des années 1970 avec la MIACA, qui a permis de définir les zones aménageables, le Plan Plage toujours en vigueur. De vastes forêts sont domaniales, sur la côte landaise notamment, gérées par l’ONF et les trois départements ont défini de zones espaces naturels sensibles en liaison avec le Conservatoire du littoral pour compléter cette protection.


Un espace consommé

L’engouement pour le littoral est affaire de mode et de saison. Avant la création du tourisme balnéaire (vers 1870), l’historien Alain Corbin l’a défini comme « le territoire du vide ».
Les riverains de la mer, finalement peu nombreux, étaient des population pauvres, à la fois pêcheurs et agriculteurs, parfois contrebandiers. Qui se souvient que cette côte entre l’Adour (avant sa canalisation) et la Bidassoa était un lieu de pêche à la baleine ? Un site d’observation et une embarcation adaptée suffisaient à cette pêche qui faisait vivre Bayonne, Biarritz, Hendaye. Les autres produits de la mer n’étaient alors que des substituts alimentaires accessibles librement, dans le Bassin d’Arcachon notamment. Puis, les fruits de mer et le poisson des côtes sont devenus partie intégrante du séjour touristiques. Malheureusement, la ressource diminue ou, pire, on doit se méfier de sa consommation du fait de problèmes sanitaires périodiques.

Un lieu de passage

Comme les nombreux oiseaux migrateurs qui longent cette côte deux fois par an, l’homme fait étape sur cette longue frange littorale. Cette multitude est finalement rarement présente au même moment, fort heureusement. A chacun sa marée, son coup de vent ou son coup de soleil, son aurore ou son crépuscule : oiseau migrateur, chasseur, pêcheur de bar ou de crevette, ramasseur d’algue, surfeur, baigneur, promeneur, ornithologue, poète, photographe, plagiste, garde du littoral, etc. Seul le caractère public d’un espace réservé au piéton permet cette diversité, pour ne pas dire cette liberté. Celle d’être dans la foule mouvante des grands beaux jours ou dans le désert des journées d’hiver venté.

Une idée du futur des côtes de l’Aquitaine

Globalement, les plages de l’Atlantique accusent un déficit de sable et l’évolution du climat rend des phénomènes jusqu’alors rares de plus en plus fréquents : très fortes précipitations et tempêtes en toute saison. Localement la perte de sable se fait sentir sur des secteurs que les activités humaines ont tenté de fixer. Des tentatives ambitieuses (digue, enrochement) comme les plus modestes (plantation d’oyats et autres végétaux). Les blockhaus ont les pieds dans l’eau, déchaussés de leur socle. Les ganivelles ou les plantations prennent parfois des airs de laisser-aller. Les enrochements en pied de dune ou les épis perpendiculaires, semblent si fragiles lors des tempêtes à fort coefficient de marée. Il faudra bien un jour prendre rendre-vous avec l’évidence de la mouvance de trait de côte.

Le littoral, entre terre et mer, est aussi la confluence entre eau douce et eau salée. L’eau douce de la montagne, du fleuve, des lacs, est un système de transport multimodal vers la mer. Le mélange n’est cependant pas total et les eaux terrestres (stagnent souvent en toute bordure de côte. C’est donc aussi là, que les pollutions se fixent, là où la biodiversité est la plus riche et où les activités économiques sont les plus fragiles. L’Aquitaine a des progrès encore à faire dans ce domaine malgré les récents efforts.

Les déchets côtiers ont fait l’objet de vastes campagnes soutenues par la Région et les trois départements Département, et qui a notamment amené les pêcheurs à des activités de ramassage de déchets flottants. Depuis les marées noires dévastatrices, des communes disposent de cribleuses pour leurs plages touristiques. Mais on doit souvent faire le réapprentissage de la notion de propre et de sale pour éviter à la biodiversité des laisses de mer notamment de disparaître.

L’espace convoité

Le littoral a été très vite réinvesti après la disparition de « la zone interdite » édictée sous l’occupation allemande. L’élan économique des trente glorieuses et le développement de la culture des loisirs ont provoqué une déferlante terrestre qu’il a fallu contrecarrer, sans pour autant trop interdire. L’enjeu est bien de faire en sorte que ce territoire devienne à un espace de vie et de partage, malgré les antagonismes apparents ou réels des intérêts divers. La concertation est donc le maître mot de la réussite de la protection de cet espace. On développe de place en place des projets de Gestion intégrée de la zone côtière qui tentent de tenir compte de tous les enjeux mis en évidence. La nouvelle gouvernance se met en œuvre sur les secteurs les plus convoités.






* Guillemette Rolland est Déléguée de Rivage Aquitaine
pour le Conservatoire du Littoral.








ANDERNOS-LES-BAINS 2
ARCACHON 1
BIARRITZ 3
CAP FERRET 2
CAPBRETON 1
LE PORGE-OCEAN 2
LACANAU-OCEAN 1
CIBOURE (LA CORNICHE) 1
CARCANS-PLAGE 1
CAPBRETON 6
MONTALIVET-LES-BAINS 4
VIEUX-BOUCAU 4
SOULAC-SUR-MER 5
MOLIETS-PLAGE 3
SAINT JEAN DE LUZ 1
MOLIETS PLAGE 2
MOLIETS 3 (Courant d'Huchet)
MIMIZAN-PLAGE 3
LA DUNE DU PILAT (La Teste-de-Buch) 1
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